Département de la Lékoumou Des Pygmées se mobilisent pour sauver le coco

(Syfia/CRP) Sous l’impulsion d’une association, des Pygmées changent leurs habitudes, cultivent et vendent certains légumes sauvages en voie de disparition. Ils y gagnent, leur environnement aussi. Reportage dans le département de la Lékoumou à 350 km environ à l’ouest de Brazzaville.

Pendant nos cueillettes de coco (petite liane de sous-bois à feuilles comestibles riches en protéines, Ndlr), nous avions l’habitude d’arracher les jeunes plants. Nous brûlions aussi la forêt. Aujourd’hui, nous ne prenons que les feuilles et laissons la tige pour qu’elle donne de nouvelles feuilles“, explique Louis Moungala. Depuis 2009, dans le département de la Lékoumou, à 350 km à l’ouest de Brazzaville, 17 Pygmées de Moussanda et Indo cultivent du coco (gnetum africanum) et d’autres légumes comme la morelle et la baselle. Ils le font grâce à l’ONG tAzur Développemen, sur un terrain de deux hectares. “Après chaque récolte, nous vendons nos produits. Chacun de nous perçoit ainsi chaque mois en moyenne 50 000 Fcfa (plus de 75 €). Nous mettons l’argent qui reste dans une caisse pour faire face aux décès et aux maladies et acheter des semences“, précise Jean Mpika, un autre Pygmée.

Jean insiste sur le but de cette action : “la sauvegarde de notre environnement, la forêt et des légumes sauvages en voie de disparition.” Les longues distances parcourues pour trouver le coco sont à l’origine de cette prise de conscience. Certaines associations locales et internationales aident les Pygmées à trouver terres cultivables, semences, matériels aratoires et les forment à mieux protéger leur cadre de vie.

Sécurité alimentaire et rapprochement culturel

Nous avons organisé dans les campements des sensibilisations sur les dangers de la déforestation et comment entreprendre une autre activité pour avoir de l’argent, détaille Nina Mboyo, coordonnatrice locale d’Azur Développement, qui a assuré cette formation, en partenariat avec l’Association congolaise pour l’intégration des peuples autochtones, avec l’appui de The Rainforest information centre, une ONG australienne. Certains ont bien retenu le message. “La forêt est le lieu où nous puisons toutes nos ressources de vie. La brûler ou arracher certaines plantes nutritives occasionne leur disparition et entraîne la famine dans le village“, explique Tsama.

Elle aussi soucieuse de la disparition de certains légumes sauvages et désireuse d’améliorer les revenus des populations par l’exploitation et la valorisation de produits forestiers non ligneux, la FAO au Congo aide depuis un an la population du district d’Abala dans le département des Plateaux, au centre et de Madingo-Kayes, au sud-ouest du pays, à cultiver et commercialiser le coco. D’une durée de trois ans, ce projet en est encore à la phase pilote. À terme, les objectifs sont élevés. “Il vise à ce que chaque habitant (d’Abala et Madingo-Kayes, Ndlr) ait son champ de coco et des légumes en permanence pour garantir sa sécurité alimentaire“, résume Dieudonné Koguiyagda, représentant de la FAO à Brazzaville.

Dix villages, bantous et pygmées, d’environ 500 à 1 200 habitants chacun sont concernés. Pour Félix Koubouana, agent de la FAO, coordonnateur national de ce projet, “la domestication du coco permet de rapprocher Pygmées et Bantous autour de ce produit qui se raréfie.” Il révèle en outre que l’expérience de ce projet sous-régional progresse bien au Cameroun, où plusieurs champs de gnetum sont déjà exploités par les populations rurales. Un rapprochement entre peuples autour du coco dans l’esprit de la nouvelle loi congolaise, de mars 2011, garantissant notamment le droit à la terre des Pygmées pour la cultiver.

Légume à domestiquer sur la durée

Selon Jean H. Nguimbi, chef de service de la revalorisation de ressources forestières, des eaux et forêts basée à Sibiti, voir un peuple de la forêt respecter ainsi son environnement représente à ses yeux une prise de conscience des dangers que court l’écosystème à cause de l’exploitation abusive de la forêt par l’homme : “Cette option encourage un arrêté ministériel de 2002 réglementant (par des taxes, Ndlr) notamment la cueillette et la vente du coco au Congo.

Les vendeuses de ce légume sont elles aussi favorables à sa domestication. “Si les gens commencent à le cultiver comme on le fait pour d’autres, cela nous éviterait de nous rendre chaque matin dans des gares routières attendre le coco acheté chez les Pygmées à 50 Fcfa (0,07 €) le paquet et qui nous est revendu à 150 Fcfa (0,22 €)”, envisage Serine Maboumou, vendeuse bantoue au marché de Sibiti depuis près de 10 ans. Mais, comme pour d’autres habitants elle se demande si ces Pygmées, plus habitués à vivre de la cueillette qu’à faire des plantations sur de vastes étendues et à attendre six mois voire un an pour la récolte, valoriseront durablement ces légumes.

Marien Nzikou-Massala

Mai 2011

Article réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne, de l‘Agence française de développement (AFD) et du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI). Le contenu de cet article relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne, de l’AFD ou du CFSI.


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