Congo Brazzaville: Le code forestier peine à être respecté

Ces dernières années au Congo Brazzaville, ONG spécialisées et gouvernement tentent de mettre de l’ordre dans l’exploitation forestière. Mais, au sud du pays, le dialogue reste difficile avec certaines sociétés asiatiques…

Nous ne pouvons pas donner à des entreprises qui ne respectent ni le cahier des charges, ni le plan d’aménagement arrêté par le gouvernement, des autorisations pour commercialiser leur bois“, a dernièrement rappelé Henri Djombo, ministre de l’Économie forestière du Congo Brazzaville. Cette mise au point est intervenue en septembre dernier, lors de la 4e édition du Racewood à Pointe-Noire, un espace d’échanges entre acteurs africains et européens de cette filière.

Certaines sociétés asiatiques, qui, pendant longtemps, ont évolué dans l’illégalité, affirment désormais se conformer au code forestier du 20 novembre 2000, en respectant le volume maximal annuel (VMA) de coupes d’essences autorisées et en transformant 85 % de ces bois sur place. Cyprien Lembele, assistant du directeur général d’Asia Congo industrie, une société indonésienne implantée à Dolisie, au sud-ouest du pays, assure : “Sur près de 300 essences de la forêt congolaise, selon notre VMA fixé par l’administration forestière, nous n’en coupons que 8 à 10 .”

Il y a huit ans, ces règles étaient peu respectées au sud du Congo. Aujourd’hui le VMA de chaque exploitant forestier ne dépasse en général plus 5 000 ha. Et celui qui n’applique pas les règles encourt des sanctions. Édouard Mapaka, de la Société chinoise d’exploitation forestière (Sino Congo forêt, Sicofor), présente au Congo depuis 2004, explique : “Pour ne pas avoir fourni des tables-bancs à la direction départementale de l’enseignement du Niari, on nous a bloqués en 2010 notre autorisation de coupe annuelle. Il a vite fallu les fabriquer pour nous mettre en conformité.

Une exploitation à deux vitesses

Certains habitants relativisent les progrès accomplis. “Ces sociétés nous ont aidés en tables-bancs pour l’école et pour construire le marché, mais nous ne pouvons pas trop discuter avec elles. Elles nous demandent d’aller vers le gouvernement ou nous traitent de ‘xénophobes’“, déplore Sylvain Nguimbi Mboungou, chef du village de Mila-Mila, à environ 60 km au sud-ouest de Dolisie. De son côté, l’Observation indépendante de la mise en application de la loi forestière et de la gouvernance (OI-FLEG), dans l’un de ses rapports, avait ainsi relevé en 2008 une progression des coupes non autorisées. Avec une fréquence de 67 % des cas d’exploitation d’un nombre de pieds supérieur à celui autorisé pendant le quatrième trimestre de la même année. Cette institution constate de la part de l’administration forestière une insuffisance des contrôles effectués et une absence de sanctions coercitives pour réprimer ces manquements.

Rufin Makita, coordonnateur de la Coordination nationale des ONG du développement et de l’environnement du Congo (Conadec), regrette les nombreux “non-dits, le laisser-aller et la corruption“. De son côté, Rock Nzobo, responsable de programmes à l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), considère qu’il y aurait au Congo “deux formes d’exploitation forestière. Au nord, une exploitation avec un plan d’aménagement clair et respecté. Et, au sud une réglementation qui peine a être appliquée.” Selon OI-FLEG, les avancées enregistrées dans le nord du pays s’expliqueraient par la forte présence d’entreprises d’origine européenne davantage respectueuses du code forestier que leurs homologues asiatiques (chinoises, malaisiennes), plus implantées dans le sud.

Le temps presse…

Dans les avancées observées, l’action des ONG semble en tout cas avoir été déterminante. “Nous avons multiplié les descentes dans les chantiers de la Congolaise industrielle des bois (CIB) pour voir comment elle faisait ses coupes. Ce suivi lui a permis d’obtenir son certificat“, estime Rufin Makita. Ce défenseur de l’environnement regrette tout de même le manque de vulgarisation du code forestier, auprès de ces sociétés et même des agents de l’État.

Dans son discours de septembre dernier, le ministre de l’Économie forestière a indiqué que janvier 2013 serait un mois déterminant pour le respect de ce code. A partir de cette date, tous les bois commercialisés au Congo ou exportés seront en effet accompagnés de la licence et du sigle FLEGT prouvant qu’ils proviennent de coupes légales qui respectent le code forestier et l’accord de partenariat volontaire que le Congo a signé en 2009 avec l’Union européenne. Selon le ministre, les contrôles seront donc bientôt renforcés.

Pour Olivier Bivihou, ancien travailleur de la société malaisienne Taman Industries, au sud-ouest du Congo Brazzaville, le temps presse. Il constate que pour l’unité forestière d’exploitation de Mayoko son ancien employeur avait exploité toutes les essences qui l’intéressaient en 6 ans au lieu des 15 années prévues initialement… Pessimiste, il pense que “dans les deux ans à venir, si on ne se ressaisit pas“, il n’y aura plus du tout de bois à couper dans le massif du département du Niari…

Marien Nzikou-Massala

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